Edito

C'est avec une profonde tristesse que nous apprenons le décès d'André de Peretti.

Grande figure de la pensée et de l'action en éducation comme en formation, polytechnicien, psychosociologue, pédagogue, poète, dramaturge, André de Peretti fut un défenseur engagé de l'École de la République et de ses enseignants.

Pour ceux qui ont eu la chance de le côtoyer, son humanisme joyeux et exigeant rendait chaque instant précieux. Ses travaux pour une lecture complexe, jamais dogmatique, du monde humain, nous maintiendront encore longtemps éveillés.

Frédérique Lerbet-Sereni et Patrick Boumard, Présidents de l'AFIRSE

Congrès

Le congrès AFIRSE 2015 a eu lieu à Lecce (Italie) à l'Université de Salento, 

du jeudi 21 mai au samedi 23 mai 2015

Il a eu pour thème : "Cultures et éducation - Recherches utopies et projets".

Télécharger le programme détaillé et les informations complémentaires

Coopération, Éducation, formation

pour relever les défis du XXIe siècle

(cinquantenaire de la mort de Célestin Freinet)

 

La coopération comme co-organisation

L’AFIRSE section française a engagé un travail de réflexion sur l’Éducation Nouvelle depuis 2012 : 

  • Deux séminaires (décembre 2012 et décembre 2013), co-organisés avec le département SE de l’Université François Rabelais (Tours), ont pris pour socle la question des “conditions de l’éducation“ (référence de départ aux travaux de Blais, Gauchet, Ottavi), ainsi que celle de la refondation de l’École (annoncée par le ministre Vincent Peillon).
  • Deux numéros (2012 et 2014) de la revue l’Année de la recherche en sciences de l’éducation (titrés “Conditions de l’éducation et perspectives pour l’éducation nouvelle“, I et II) ont poursuivi ce travail de réflexion. Un ouvrage collectif, en élaboration, doit le prolonger, ainsi que le symposium (2016) et le colloque (2017) internationaux « Coopération, Éducation, Formation ».

L’Institut Coopératif de l’École Moderne (ICEM)1 fédère, de puis des décennies, le Mouvement de l’École Moderne, qui se développe en Europe, en Afrique, en Asie et en Amérique, inspirant les pratiques de nombreux enseignants. Les nombreuses sollicitations nationales et internationales dont il est l’objet témoignent du rayonnement de son travail.

L’équipe de recherche EES (« Éducation, Éthique, Santé ») est constituée de pédagogues, de philosophes et de médecins. Les travaux de cette équipe portent notamment sur l’agir coopératif et les spécificités des métiers de l’humain (soignant, enseignant, formateur…).

Ces trois organisations ont décidé d’une coopération sous la forme d’un symposium (5 et 6 décembre 2016).

 

La coopération comme processus, mais aussi sous l’aspect de formes d’organisation

La dynamique Freinet

Le mouvement Freinet considère comme central le travail fondé sur l’apprentissage coopératif et le tâtonnement expérimental avec un ensemble de techniques et d’outils : le journal rédigé et imprimé par les enfants, le texte libre, la correspondance scolaire, le plan de travail hebdomadaire, les fichiers autocorrectifs, la classe promenade, les exposés fondés sur des enquêtes, le conseil d’élèves, la coopérative scolaire…

Aujourd’hui, les éducateurs (au sein de l’Éducation Nationale ou dans la pédagogie sociale) du Mouvement Freinet utilisent Internet. Cette démarche d’apprentissage à la fois rationnelle et optimiste cherche à dépasser par l’expérience ce que John Dewey appelait les fausses oppositions : entre démocratie et discipline, comportement et savoir, connaissances et réalisations pratiques, activités individuelles et tâches collectives, création artistique et tâtonnement scientifique, jeu et travail, effort et joie. 

Les écoles et les classes Freinet forment une réalité complexe et nuancée, à l’histoire tout aussi mouvementée. Les établissements alternatifs et les classes coopératives qui conjuguent réussite des élèves et satisfaction des acteurs (élèves, familles, enseignants) sont ceux où l’on observe une forte cohésion des équipes éducatives, des projets structurés offrant aux élèves des cadres stables, tout en cultivant créativité, réflexivité, souplesse et rigueur, atouts nécessaires, mais qui demandent une auto-formation coopérative qui peut être qualifiée de professionnalisation. 

De nombreux travaux de recherche attestent de l’intérêt porté à cette dynamique. Sans pouvoir les citer tous (cf. bibliographie), on peut noter les résultats de l’équipe «Théodile»2 (Reuter), les travaux de Clanché3, ceux de Lèmery4, ainsi que l'enquête de Go sur l'école Freinet à Vence5

Des éléments sur la dimension internationale

Au Portugal, le mouvement de l’École Moderne s’est considérablement développé en accueillant les enseignants en difficulté face à leurs classes, en leur apportant des outils, des techniques, et un accompagnement coopératif dans le processus de formation. 

En Belgique, la pédagogie Freinet est proposée comme base de projets d’école dans les établissements où l’échec scolaire est massif, augmentant ainsi de manière exponentielle le nombre d’écoles étiquetées Freinet, sans avoir réellement mis en place de véritables moyens de former les personnels.

En Finlande, le mouvement Freinet a joué un rôle essentiel dans les réformes du système éducatif : les enquêtes internationales d’évaluation l’ont reconnu comme le plus efficace et le plus équitable ; la qualité de la formation des enseignants est un des facteurs  qui explique sa réussite. 

Une pédagogie systémique ?

La pédagogie Freinet n’est pas une méthode : cette organisation (cette forme) éducative inventive, de “nature“ (ou plutôt de “logique“, ou mieux de dynamique) systémique (Go, Lemery)6, a été pensée par Célestin Freinet comme un levier de transformation du système éducatif depuis l’intérieur : quel rôle peut-elle être amenée à jouer dans l’hexagone ? En Europe ? Quel est l’effet du contexte institutionnel et culturel sur ses formes possibles ? Les exemples issus de différents contextes, de différents pays, peuvent-ils nous aider à prendre conscience d’obstacles pour prendre du recul afin de les contourner ou de les dépasser ?

Une contradiction (française)

On peut toutefois repérer une contradiction fondamentale : la pédagogie Freinet est érigée souvent en modèle dans les travaux de recherche et les textes de référence comme pratique de réussite scolaire et d’innovation. Pourtant, elle ne représente qu’une part infime des pratiques concernant le monde enseignant — même si, en France, cette pédagogie coopérative est officiellement reconnue et intégrée dans de nombreux établissements et écoles, où les enseignants respectent les programmes nationaux et sont régulièrement inspectés. Ce constat “d’expérimentation minoritaire“ peut être élargi à l’ensemble des mouvements et expériences se réclamant de l’Éducation Nouvelle.

Est-ce à dire que ces pratiques ne peuvent être généralisées autrement que par le biais d’un statut expérimental — encadré et marginalisé ? Pourquoi un tel décalage entre constat théorique et applications pratiques ? 

Ce qui réussit dans certains établissements est-il transférable ou généralisable ? Si oui dans quelle mesure ? Quels sont les points d’appui ? Les limites ? Un début de réponse est que la récupération (de techniques, d’outils, de situations) par la technostructure de l’EN puis la tentative de leur généralisation par décret est vouée à l’échec. Seules des équipes formées et volontaires peuvent se saisir de techniques, d’outils, de situations liés à une conception de l’éducation. Mais cela ne clôt pas le questionnement.

En conséquence, quels éléments, quelles situations de formation concevoir et proposer, à des équipes, mais aussi à des enseignants, pour les former à des pédagogies actives et coopératives — comment former à la coopération ? En formation initiale ? En formation continue ?

Un contexte ravageur

Dans un contexte récurrent dominé par les phénomènes de marchandisation, d'individualisme et de méritocratie, où la compétition scolaire et la course aux diplômes font rage, où une demande sociale et politique se manifeste en faveur du retour à une certaine discipline, où se pérennise une évaluation profondément normative, les pédagogies actives et coopératives, issues des principes de l’Éducation Nouvelle, offrent des alternatives fondées sur une éducation émancipatrice, reposant sur des valeurs humanistes et démocratiques. A une idéologie de l’individualisation des problèmes (de l’échec ou de la réussite, de la construction solipsiste du sujet apprenant, de la solitude de l’enseignant…), elles opposent le travail d’équipe (tant pour les élèves que pour leurs enseignants), la possibilité d’énonciation et d’écoute d’une parole au sein d’un groupe.

Seule réponse pertinente aux contradictions des systèmes éducatifs modernes (cf. Blais, Gauchet, Ottavi)7, la mise en place de pédagogies actives et coopératives apporte des outils pour relever les défis du XXIe siècle. 

Mais elle nécessite un processus de formation de qualité, et sur la durée, appelant une réflexion essentielle pour l’avenir. Une telle réflexion commence par une série de questions. À celles des alinéas précédents, on peut ajouter : 

- Comment répondre à un souci légitime d’évaluation sans passer par un contrôle normatif et culpabilisant, étouffant toute créativité et toute possibilité d’innovation ? Peut-on penser des  formes d’évaluation cohérentes avec un humanisme coopératif, démocratique coopératif et scientifique, auprès des enfants, des étudiants, des enseignants, des éducateurs, des expériences innovantes, des établissements ? 

- Comment articuler souplesse et rigueur ? Comment assurer les connaissances de base tout en faisant face à la diversité, à l’imprévu, à l’incertitude, au progrès ? Comment conjuguer l’enracinement, l’un, le singulier, et le multiple, l’universel, la diversité ?

- Si les diverses modélisations théoriques des processus d’apprentissage confirment l’importance de l’action, du geste, de l’activité concrète pour aller vers l’abstraction, peut-on être sûr que le tâtonnement expérimental constitue la réponse à la crise actuelle de l’enseignement scientifique ? 


Projet de formes d’organisation

Ce symposium international, ouvert aux praticiens, aux chercheurs, aux Instituts de différents pays européens limitrophes, se veut :

  • temps et lieu d’échange et de réflexion,
  • point d’ancrage de l’innovation,
  • étape de préparation d’un colloque international en 2017.

En prenant des exemples sur les pratiques actuelles du Mouvement Freinet, sur des évaluations les plus récentes de ces pratiques, sur d’autres pratiques d’enseignement, d’éducation, de formation, les différentes interventions chercheront à exposer et à repérer ce qui caractérise ces pratiques, notamment sous l’aspect des formes d’organisation, des formes de coopération qu’elles impulsent et/ou sur lesquelles elles s’appuient. 

Des praticiens, des chercheurs et des formateurs venus de Belgique, de France, d’Allemagne interrogeront l’actualité et l’efficacité de cette philosophie pragmatique qui sous-tend l’idée de coopération et son application à l’éducation — fondée sur la curiosité et l’envie d’agir, cette application met en exergue les capacités naturelles des enfants, apprend à délibérer, à observer le réel, à problématiser, à émettre et mettre à l’épreuve des hypothèses, à apprendre et à créer ensemble dans un espace coopératif et démocratique et ce à tous les niveaux de l’enseignement, de la Maternelle à l’Université.


 

Organisation pratique

- Le symposium aura lieu à l’Université François Rabelais (Tours), site des Tanneurs (centre ville, au bord de la Loire).

- Il comprendra notamment : 

  • Une table ronde sur la psychothérapie institutionnelle (Pierre-Johan Laffitte est chargé de la mettre en place).
  • Une table ronde sur la pédagogie institutionnelle (Sébastien Pesce est chargé de la mettre en place).
  • Des ateliers :
    • un atelier de discussion sur la table ronde 1
    • un atelier de discussion sur la table ronde 2
    • un atelier sur la pédagogie Freinet en tant que réponse concrète à la faillite du système scolaire ou en tant que pédagogie théorique de référence 
    • un atelier “coopération et tâtonnement expérimental pour un apprentissage efficace et équitable. Lien entre démarche d’expérimentation (et opération La Main à la pâte) et pédagogie nouvelle — notamment pédagogie Freinet“
    • un atelier sur l’enseignement agricole (influence de l’éducation nouvelle et de la pédagogie Freinet)
    • un atelier sur les contextes : la pédagogie Freinet s’est développée davantage à l’étranger qu’en France : quels sont les obstacles à cette pédagogie née dans l’hexagone ? Quel est l’effet du contexte ? Quels sont les points d’appui ?
  • Les tables rondes ont lieu dans l’amphi (en plénière) ; effectif d’intervenants 5 à 6 (pour assurer possibilité de prises de parole et d’échanges sur 1h30). Pierre-Johan Laffitte organise la table ronde psychothérapie institutionnelle, Sébastien Pesce la table ronde pédagogie institutionnelle.
  • Le symposium préparant le colloque, chaque participant(e) a la possibilité de présenter en atelier une “propositions de communication“ (possibilité de tester une idée générale, une hypothèse, une présentation d’expérience… en la présentant et en échangeant), qui peut (doit) devenir une communication pour le colloque (2017). D’où des ateliers (90mn), à 9 communicants max (5mn présentation + 5mn échange). Les propositions de communication doivent être envoyées au plus tard le 30 octobre à JC Sallaberry.
  • Une discussion sur chaque table ronde (échanges entre intervenants et participants) est possible, sur le temps des ateliers.

 

Organisation prévue (avec articulation symposium-séminaire) : 

Symposium

Matin 5 : accueil symposium et plénière de présentation

Après-midi 5 : Table ronde pédagogie institutionnelle (1h30) puis ateliers

Matin 6 : Table ronde psychothérapie institutionnelle (1h30) puis ateliers

Après-midi 6 : plénière bilan et perspectives (colloque), durée 1h30

Séminaire de l’AFIRSE section française « Refondation de l’École (aspects politique, organisationnel, institutionnel, systémique) — La parole et la capacité d’action des enseignants »

Après-midi 6, 2e partie (16-18h).

fin après-midi 6 AG AFIRSE section française

Matin 7 : suite du séminaire

Après-midi 7 : suite et fin du séminaire


 1 Cf colloque de l’AFDECE à Saint Domingue : Les chercheurs collectifs coopératifs, une démarche professionnalisante dans la fonction de formation des enseignants.

 2 Ils montrent l’efficience de cette pédagogie dans des lieux populaires défavorisés. Cf. Reuter Y., (2007)

 3 Ils soulignent la pertinence de la pratique du texte libre, à travers des approches : anthropologique, historique et expérimentale — cf… Clanché P., (2010).

4 Ils portent sur le tâtonnement expérimental et permettent d’intégrer les avancées de plusieurs domaines scientifiques dans la pédagogie et la didactique des sciences — cf. Lèmery E., (2010)..

5 Elle a montré en quoi cette pédagogie a été conçue comme un système — cf. Go LH, (2007).

6  Lèmery J.(1996). La pédagogie Freinet, est-ce une méthode ou une organisation systémique ? Le Nouvel éducateur N°81, Mouans-Sartoux, p.4-13

7 Cf. les numéros 2012 et 2014 de l’Année de la recherche en sciences de l’éducation